Participation démocratique accrue grâce à la numérisation ?

Le dialogue démocratique peut aussi se faire grâce au numérique : un nouveau portail permet à des citoyen·nes de participer aux prises de décision politiques.
Comment la transformation numérique peut-elle servir la démocratie ? Pour répondre à cette question, l’équipe de Marc Bühlmann (Année Politique Suisse, Université de Berne) a élaboré et testé deux prototypes de participation en ligne. Dans le premier, un millier d’électrices et d’électeurs de la commune de Köniz (BE) ont créé pour Smartvote un catalogue de questions portant sur les élections locales. Dans le second, un échantillon équivalent d’électrices et d’électeurs a rédigé des arguments pour et contre la loi sur le climat et l’innovation. Les deux démarches ont été menées sur le portail « Demokratiefabrik » (fabrique de la démocratie), spécialement développé dans ce but. Il se positionne comme une innovation démocratique numérique (IDN) et vise à renforcer la participation politique de la population.
Principales conclusions
Les deux études de cas ont montré que la participation en ligne semblait bien fonctionner. L’échantillon de population sélectionné s’est engagé avec sérieux et de façon variée. Près de 80% des participant·es de Köniz interrogés sont enclins à adopter cette forme de participation en ligne. L’équipe de recherche attribue cette perception positive au comportement très respectueux constaté sur le portail. Il s’agit donc d’un espace sûr où les électeurs et électrices peuvent dialoguer librement et de façon anonyme. A ce propos, l’équipe de projet déclare :
« Nous n’avons pas eu à intervenir, n’ayant pas relevé de comportement impoli ou irrespectueux (dans les deux études). Il semblerait que le portail « Demokratiefabrik » soit un espace sûr permettant aux citoyen·nes de débattre de sujets politiques avec sérieux, sans risque de sanction sociale. Nous estimons donc que des innovations numériques de participation démocratique, conçues avec soin, pourraient présenter un intérêt pour les citoyen·nes et/ou le système politique. »
On remarque en particulier que les personnes ayant une faible confiance en la politique étaient particulièrement actives sur le portail, ce qui laisse penser que les formats numériques donnent une voix aux citoyen·nes déçus par la politique. Par contre, la « Demokratiefabrik » n’a pas permis de résoudre les inégalités de participation existantes (p. ex. faible participation des femmes âgées). L’une des deux études n’a pas non plus réussi à atteindre une participation équitable des différentes orientations politiques.
Importance pour la politique et la pratique
Des modèles numériques de participation politique conçus avec grand soin pourraient compléter avantageusement les formes classiques de cette participation. Ils favorisent en effet la motivation, le dialogue et la légitimité, à condition que les plateformes assurent le respect et la diversité. Pour la politique et la pratique, cela signifie que la participation numérique doit être considérée comme une extension des processus démocratiques. Elle ne doit pas se substituer aux processus traditionnels, mais plutôt ouvrir la porte à un dialogue élargi et moins polarisé.
Trois messages essentiels
Perception positive des innovations en matière de démocratie numérique :
Les innovations de cyberdémocratie, comme la « Demokratiefabrik », suscitent une large adhésion de la population. Tant le processus lui-même que les résultats obtenus sont jugés particulièrement positifs. L’envie de participer est forte, les personnes invitées s’impliquent sans réserve, le processus est perçu globalement comme impartial, et le résultat est jugé légitime.Contribution au dépassement des divisions sociales :
La recherche indique que les innovations en matière de démocratie numérique présentent un intérêt majeur : elles peuvent aider à combler les fossés qui se sont creusés dans la société et à atténuer la polarisation. Les participant·es à la « Demokratiefabrik » ont exprimé un avis moins négatif sur les personnes défendant une opinion différente de la leur (à propos des mesures en matière de protection du climat) que les membres du groupe de contrôle qui n’y avaient pas participé.Des résultats ambivalents sur l’inclusion :
Pour ce qui est du schéma de participation, les résultats sont ambivalents. D’un côté, on constate souvent les mêmes inégalités que celles que l’on observe dans les modèles traditionnels (p. ex. une faible participation des femmes âgées). De l’autre, les résultats montrent que les modèles de participation numérique peuvent également contribuer à impliquer davantage les personnes déçues de la politique.
L’article suivant aborde le projet en détail, évoquant notamment le rôle des animateurs virtuels utilisés dans les deux prototypes de participation numérique ainsi que les caractéristiques des participant·es (âge, sexe, position politique, etc.):
